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Bijoux marocains : Les techniques de fabrication
Deux techniques permettent de préparer l’argent pour obtenir la forme définitive du bijou.
La plus répandue est celle du moulage, ou le métal est fondu et coulé dans un moule. L’argent fondu est obtenu à partir le lingot de métal pur mélangés à de vieux bijoux ou à des pièces de monnaie. Le tout est placé dans un creuset en terre réfractaire, et après adjonction d’une pincée d’arsenic garantissant la couleur argent du mélange, l’artisan le chauffe dans un brasier.
Dans un moule, fait de deux pièces en fer forgé remplies de sable fin de rivière, La forme de l’exemplaire à obtenir est imprimée dans le sable puis retirée. Une fois le mélange d’argent fondu, il est coulé par un petit canal, dans la forme du moule. Après refroidissement, l’objet est déroulé puis repassé au feu. L’artisan peut alors le travailler, le ciseler et au besoin le polir. De nombreuses fibules du Haut Atlas, de lourds bracelets et des boucles d’oreilles sont ainsi exécutés au moule.
Une autre technique consiste pour l’artisan à découper lui-même la forme souhaitée, à partir de plaques d’argent fondues selon le même procédé que précédemment et aplaties à l’aide d’un marteau, jusqu’à l’épaisseur voulue. Le bijou est découpé au ciseau selon sa forme définitive. Il est ensuite collé sur une plaque de bois. Cette opération achevée, le bijou est niellé, émaillé, filigrané, cloisonné ou serti. Les pierres semi-précieuses, généralement des améthystes, les verreries ou cabochons sont fixés par la suite.
Les bijoux touareg
Une des spécificités de l’artisanat Touareg est la fabrication de bijoux en argent qui se perpétue depuis des temps anciens. Jusqu’à il y a une trentaine d’années, ils étaient réalisés avec des pièces de monnaie autrichiennes, les thalers (voir article ).
Les femmes touareg ont une peur superstitieuse de l’or : elles n’en portent jamais. L’argent a donc supplanté l’or dans les traditions touarègues. Les bijoux touareg font partie du patrimoine de chaque famille touarègue. Ils ont une valeur symbolique, mais aussi bien réelle, car ils servent aussi d’économies et de monnaie d’échange.
Chaque bijou est un message qui porte un symbole parfois oublié.
Chaque collier porté par une femme touarègue évoque diverses anecdotes et toute l’histoire d’un peuple, d’une région, d’une ville.

pendentif touareg
Parfois le pendentif peut représenter le palais du Sultan, les perles qui le constituent les quartiers, dans leurs positions relatives au palais, les triangles désignent les tribus nomades vivant en brousse, les points isolés au centre du pendentif représentent le sultan lui-même et ses ministres. On y trouve aussi imagés divers symboles de l’homme, de la femme, de la grossesse, ainsi que de la naissance.
La technique de moulage dans la bijouterie berbère
La technique du moulage est employée pour les bracelets, les fibules, les boucles d’oreilles, et pour de petits éléments abondamment utilisés dans la confection de colliers ou bandeaux de tête. Un jour peut servir de modèle pour un autre, car les moules ne servent qu’une fois. Mais pour les pièces d’une certaine importance, ou dont la demande était fréquente, comme les bracelets et les fibules, les artisans possédaient _ et ont conserve en général dans les ateliers actuels _ des modèles en métal non précieux, qui permettent de refaire indéfiniment le même objet, sans que les détails s’abâtardissent au fil de moulages successifs.
C’est ainsi que dans le village d’Amezrou, proche de Zagora et ancien mellah, toute une famille de Draouis se consacre à la fabrication de bracelets moulés qui seront écoulés sur les souks de la vallée du Draa.
Le travail se déroule sous les galeries à hauts plafonds qui entourent une étroite cour carrée s’ouvrant au niveau des terrasses. D’un côté les adultes réalisent les moules, fondent et coulent le moule, un peu plus lion des adolescents assurent les finitions.
Pour confectionner un moule, l’artisan dispose de deux cercles métalliques qui peuvent être superposes, et comportent sur le côté un orifice. Les cercles sont emplis de sable humide et l’on place entre les deux la pièce à mouler. En tassant bien le sable, celui-ci prend l’empreinte du modèle, qu’il faut ensuite enlever précautionneusement après avoir ouvert le moule. Le sable est égalisé soigneusement de chaque côté, et on creuse entre l’empreinte du bijou et le bord du moule au niveau de l’orifice un canal qui permettra de couleur le métal fondu. On replace les deux moitiés du moule l’une sur l’autre.
Plusieurs moules sont préparés les uns après les autres, et empiles non loin du foyer pour qu’ils sèchent. Le foyer, identique dans tous les ateliers artisanaux, est une cavité dans le sol, ou la combustion des braises est activée par une soufflerie à manivelle. Le creuset est placé au centre, et reçoit le métal à fondre ; il semble qu’il s’agisse ici de rognures diverses, à l’éclat aussi incertain que l’est leur exacte nature.
Lorsque la fusion est totale, un jeune artisan prend à la pince le creuset rougeoyant, et verse le métal dans le moule qu’il tient vertical de l’autre main, à main nues, ce qui n’est pas sans risques. Puis il dépose le moule rempli à côté de lui ; en peu de minutes le métal est refroidi, on peut écarter les deux moitiés du moule. Le bracelet apparait, il a un « manche », qui résulte de la solidification du métal dans le puits de coulage, et dont le sciage fait partie des travaux de finition.
Ceux-ci sont réalisés dans cet atelier par des apprentis, munis d’un étau et d’une lime, et comportent aussi l’ébarbage des bords du bracelet et de ses côtés.
Il ya toujours eu, évidemment, selon les régions et les artisans, un soin plus ou moins grand apporté à la réalisation des pièces, mais la technique fondamentale demeure encore partout la même. Facile à mettre en œuvre, elle donne des objets à l’allure un peu massive, mais non dépourvus de charme.
Les techniques ancestrales de la bijouterie marocaine
Les artisans bijoutiers marocains ont employé plusieurs techniques dans leurs productions, héritées d’un passé très lointain et matérialisant des spécificités culturelles. Ainsi, le moulage, le découpage, le nielle, le filigrane, la ciselure, la gravure et la dorure sont, en l’occurrence, les principaux procédés techniques utilisées qui reflètent une diversité et des particularités remarquables.
Le procédé le plus simple et le plus ancien utilisé par les bijoutiers est le moulage. L’argent à titre d’exemple était obtenu à partir de la fonte de lingots de métal pur «rahha», mélangé à de vieux bijoux «chadhaya» et du cuivre rouge. Le tout est placé dans un creuset en argile réfractaire «bot», avant d’être chauffé avec de l’arsenic et coulé dans un moule de sable fin appelé «tazriq». Les meilleurs exemples obtenus par cette technique sont les lourds bracelets côtelés ou à pointe, les anneaux de cheville, les fibules et les boucles d’oreilles.
Le découpage consiste à découper de minces feuilles d’argent en plaquettes de dimensions et de formes différentes et les assembler par des anneaux et des chaînettes pour former des parures de têtes ou des colliers. Afin d’obtenir des motifs ajourés, souvent observés dans les anneaux de cheville et les pectoraux, l’artisan utilise un mince foret et une scie très fine pour perforer et évider le métal.
Le niellage est une technique principalement connue dans l’ornementation des parures des tribus des «Aït Seghrouchen» au Moyen Atlas. Elle nécessite l’incrustation d’un émail noir, d’origine végétale ou minérale, dans un motif légèrement gravé en creux sur une surface d’argent, avant de le chauffer pour permettre son adhésion au métal. Une fois refroidi, le bijou est poli pour en égaliser la surface et refléter le contraste entre la teinte noire du nielle et le fond éclatant de l’argent.
L’émaillage est un autre procédé d’obtention et d’incrustation de la couleur dans le décor : des pâtes de différentes couleurs sont extraites de petites perles pilées dont la matière obtenue remplie les différents motifs floraux ou géométriques tracés par des fils d’argent, et chauffée pour être fondue et polie. Les bijoux produits dans l’Anti-Atlas, notamment à Tiznit, à Ouarzazate et à Taznakht sont des exemples éloquents de cette technique.
Le filigrane est une technique qui utilise des filets et des petits grains soudés. Nous distinguons le filigrane ajouré spécifiant les bijoux de Taliouine, Essaouira et Tiznit, et le filigrane cloisonné caractérisant ceux de Ouarzazate et de Tazanakht. Le premier est réalisé à partir de fils simples ou torsadés de différents calibres, alors que le second consiste à appliquer sur des feuilles de métal des filets plats pour délimiter les champs à émailler.
Parmi les techniques récurrentes dans la bijouterie marocaine, nous distinguons également la ciselure qui correspond à trois types : la ciselure au fondu, la ciselure prise sur la pièce et la ciselure au repoussé. La première est appliquée pour parfaire les objets après leur sortie du moule. La seconde consiste à fixer le bijou sur un trépied appelé «Hammar», et sculpter les motifs à l’aide d’un ciselet en suivant un schéma préalablement dessiné. Quand à la ciselure au repoussé, elle ne concerne que les objets d’épaisseur réduite et permet d’obtenir un relief plus au moins accentué quand l’artisan frappe sur le revers de la pièce pour repousser le métal.
La gravure est proche de la ciselure. Elle est essentiellement appliquée sur les objets massifs dont les décors sont façonnés à l’aide d’un burin en acier. Cette technique est caractéristique des bracelets produits à Foum Zguid.
La dorure, procédé uniquement employé en milieu citadin, consiste à appliquer sur l’objet à dorer un mélange d’or et de mercure et le chauffer jusqu’à ce que celui-ci s’évapore.
Le filigrane d’aujourd’hui et d’hier
Le filigrane est une technique d’orféverie dans laquelle on utilise le métal étiré en fils fins; L’or et l’argent peuvent également être travaillés de cette manière, mais on envisagera ici que l’mploi de l’argent.
En enroulant le fil sur lui même, on réalise de délicates spirales, dont on remplit des cadres de fils, bref, le fil est contourné de multiples manières. Ces fragments de fils soudés entre eux, constituent la structure de bijoux entiers, par exemple des bracelets, et servent à la fabrication d’éléments de parrures, comme des sphères et des coupoles ajourées ou des pendoloques à claire-voie. Le fil utilisé pour le filigrane est très fréquement torsadé, ce qui ajoute au décor et permet en particulier d’obtenir, en rapporchant deux fils, un effet de tresse.
Souvent, le motif filigrané est soudé sur une plaque ou une boule dont il constitue alors l’ornementation. Cette plaque ou cette boule peuvent recevoir aussi une application d’émaux de verre, et l’on voit ici que les émaux cloisonné dont il a été précédemment question sont une variété particulière de fliligrane; ils sont d’ailleurs aussi parfois appelé émaux filigranés. Le distinction entre filigrane émaillé et émail filigrané peut paraître spécieuse; parceque pratiquement tous les bijoux comportent des parties en filigrane non émaillé et le plus souvent ajouré. On discerne alors la différence avec les régions précédente ou en général le fil n’est utilisé que pour façonner les cloisons qui délimite des émaux.
D’autre part, le filigrane est, étymologiquement, à la fois fil et grain. La technique comporte aussi l’adjonction de miniscules sphères d’argent au motifs de fil. Un véritable décor de granulations fait partie de l’ornementation de certains bijoux.
Le filigrane, au Maroc, à la particularité d’être à la fois traditionnel, et donc ancien et tout à fait moderne, mais dans des localisations géographiques différentes. Actuellement, il prospère dans des ville comme Essaouira et Tiznit. Il y a quelques dizaines d’années, il était la spacialité des Mellahs du bas Dadès et du partour du massif du Siroua de l’est d’Ouarzazate à Taliouine. Les auteurs qui avaient observé cette orfèvrerie quand elle était encore en pleine vie ont considéré qu’elle s’était implantée au sud de l’Atlas avec certaines communautés juives, et n’ont pas cherché à définir précisément quelles pouvaient être les relations avec la ville d’Essaouira. Pourtant cette cité créee au XVIIème siècle, compta longtemps une colonie juive nombreuse. Devenue un important centre de commerce, elle rayonnait jusque part de l’Atlas, et l’on ne peut exclure que le filigrane la renommée de ces bijoux comtemporains ait des origines relativement anciennes. C’est en tout cas le seul endroit où l’on puisse actuellement dans le sud voir fabriquer des bijoux, avec Tiznit que ne les a adoptés que récemment.
Source : Bijoux du Maroc (Jacques et Marie-Rose RABATE)