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Les bijoux au Maroc : Un usage esthètique mais pas seulement

Selon sa fonction, chaque bijou a une place particulière sur le corps de la femme ou de l’homme au Maroc.
De la tête jusqu’aux chevilles, la femme peut se parer de différentes formes de bijoux : diadèmes, boucles d’oreilles, colliers, bracelets, bagues, anneaux de chevilles orenent son corps; d’autres, tels que fibules, ceintures, broches, amulettes, sont portés sur les vêtements.

 

Les bagues, très simples, les poignards, les dalil al kheirat, les sabres, les fusils, les cornes et boîtes à poudre sont réservés aux hommes.

Chez certaines tribus berbères, la mariée recevait l’équivalent de sa dot sous forme de bijoux. En ville, les femmes investissent souvent dans l’achat de bijoux en or.

Selon sa classe sociale, la femme porte des bijoux plus ou moins nombreux, à la fois pour mettre en valeur le charme de son corps et pour marquer un rang, aussi bien en ville qu’à la campagne. Cette tradition de se parer de bijoux est très accentuées chez la femme les jours de fêtes et de noces. Quant à l’homme, il porte surtout des armes blanches ou des armes à feu, tradition qui a disparu aujourd’hui dans les villes.

Quel que soit le port des bijoux, en argent, ou en or, on peut dire qu’il révèle un certain rang social et met en relief l’élégance et la beauté chez la femme, la virilité et la puissance chez l’homme.

Le bijou peut avoir aussi une fonction d’intercession, comme dans le cas de dalil alkheirat porté par les cavaliers et certains notables, ou des amulettes portant des invocations tirées du Coran, des Hadith ou des prières des Saints.

Le bijou possède par conséquent plusieurs fonctions suivant sa forme, la technique et la manière avec laquelle il a été fabriqué. Il est en même temps un objet fonctionnel, un signe social, un symbole et un investissement. D’ailleurs, le meilleur cadeau qu’on puisse offrir, à une femme ou à un homme, est le bijou qui symbolis à la fois le chant, l’invocation et l’idée du beau.

L’usage des bijoux marocains

Les bijoux marocains ont, comme la plupart des bijoux du monde, une double fonction esthétique et économique.

Ils parent celles qui les portent, tout en constituant un capital monnayable en cas de besoin : ils embellissent et ils servent. De ce point de vue, il y’a pas de différence fondamentale entre l’usage berbère et l’usage européen. Ces bijoux artisanaux sont également soumis à la mode, qui, là comme ailleurs, déplace continuellement les frontières du désirable et peut faire mourir en quelques années des objets sortis indemnes de la nuit des temps. Embellir, servir et mourir seront donc les premières étapes de notre approche.

Tiznit, la cité phare de la bijouterie marocaine

Tiznit a été de tout temps une ville importante pour le commerce des bijoux dans le sous. Cette region ne se limite pas à la vallée du fleuve de ce nom, qui prend sa source à environ 200 km à l’est d’agadir et se jette dans l’océon à quelques kilométres au sud de cette ville .

On englobe sous cette dénomination dans son acception courante de vastes territoires qui s’étendent au nord, au sud et à l’est de la vallée du sud, dans lesquels est parlée la langue berbere, chleuhe, la tachelhaÏt.

Quand elle n’était encore qu’une petite bourgade enclose dans ses murailles, Tiznit possédait déja un souk aux bijoux:autour d’une grande cour carrée ouvrant sur la rue par un portail, qu’on fermait chaque soir, les échoppes des artisans et des revendeurs-souvent les mêmes- s’abritaient du soleil sous une galerie à colonnes. Ce souk existe toujours, mais rebaptisé « ancien souk » , il est presque abandonné.

Le développement de l’orfévrie à Tiznit dans les quinze ou vingt dernières années a amené l’édification de nouveaux souks donnant sur la grand place (kissaria du Méchouar et kissaria loubane), et la multiplication des boutiques de bijoutiers. Elles sont minuscules et serrées, si bien qu’en additionnant les échoppes de l’ancien souk, les boutiques des nouveaux souks et aussi celles du centre artisanal, construit hors les murs en 1975 pour la formation des apprentis, on compte à Tiznit entre cent et cent cinquante boutiques de bijoutiers en activité. On peut imaginer une rude concurrence, et des affaires qui ne sont pas toujours d’or. Artisans, ou surtout revendeurs, ces bijoutiers témoignent de l’importance prise par la ville du point de vue administratif et commercial.

La region n’a pas de grandes ressources, mais elle compte actuellement beaucoup d’émigrés, et des retraités qui ont autrefois travaillé à l’étranger et sont revenus au pays avec une pension.

Ceci peut expliquer l’argent qui s’investit encore en bijoux, dans une contrée ou ils ont toujours été l’objet d’un grand engouement.

Le souk des bijoux

vendeuse de bijoux

vendeuse de bijoux

Comme dans les autres régions du sud, les artisans peuvent aller exposer leur production courante au souk voisin, et leur étalage avoisine alors ceux des simples revendeurs, qui colportent essentiellement  d’ailleurs de la pacotille. Il faut signaler au passage une particularité de la région de Zagora ; la fonction d’intermédiaire y est souvent tenue par des femmes, et on trouve des revendeurs au souk. Ce sont des femmes mûres appartenant au groupe des harratin.

Mais en général les affaires sérieuses se traitent dans les ateliers, qui jouent un rôle important dans la commercialisation des bijoux. Ces là que se passent les commandes, qu’ont lieu les livraisons, que se réalisent éventuellement le montage de pièces composites. Il arrive même, comme à Rissani, que des artisans ne vendent jamais de bijoux au souk. Préférant attendre la clientèle dans la pièce très simple qui leur sert à la fois de boutique et d’atelier, et dont tout le monde connaît l’emplacement.

La technique de moulage dans la bijouterie berbère

La technique du moulage est employée pour les bracelets, les fibules, les boucles d’oreilles, et pour de petits éléments abondamment utilisés dans la confection de colliers ou bandeaux de tête. Un jour peut servir de modèle pour un autre, car les moules ne servent qu’une fois. Mais pour les pièces d’une certaine  importance, ou dont la demande était fréquente, comme les bracelets et les fibules, les artisans possédaient _ et ont conserve en général dans les ateliers actuels _  des modèles en métal non précieux, qui permettent de refaire indéfiniment le même objet, sans que les détails s’abâtardissent au fil de moulages successifs.

C’est ainsi que dans le village d’Amezrou, proche de Zagora et ancien mellah, toute une famille de Draouis se consacre à la fabrication de bracelets moulés qui seront écoulés sur les souks de la vallée du Draa.

Le travail se déroule sous les galeries à hauts plafonds qui entourent une étroite cour carrée s’ouvrant au niveau des terrasses. D’un côté les adultes réalisent les moules, fondent et coulent le moule, un peu plus lion des adolescents assurent les finitions.

Pour confectionner un moule, l’artisan dispose de deux cercles métalliques qui peuvent être superposes, et comportent sur le côté un orifice. Les cercles sont emplis de sable humide et l’on place entre les deux la pièce à mouler. En tassant bien le sable, celui-ci prend l’empreinte du modèle, qu’il faut ensuite enlever précautionneusement après avoir ouvert le moule. Le sable est égalisé soigneusement de chaque côté, et on creuse entre l’empreinte du bijou et le bord du moule au niveau de l’orifice  un canal qui permettra de couleur le métal fondu. On replace les deux moitiés du moule l’une sur l’autre.

Plusieurs moules sont préparés les uns après les autres, et empiles non loin du foyer pour qu’ils sèchent. Le foyer, identique dans tous les ateliers artisanaux, est une cavité dans le sol, ou la combustion des braises est activée par une soufflerie à manivelle. Le creuset est placé au centre, et reçoit le métal à fondre ; il semble qu’il s’agisse ici de rognures diverses, à l’éclat aussi incertain que l’est leur exacte nature.

Lorsque la fusion est totale, un jeune artisan prend à la pince le creuset rougeoyant, et verse le métal dans  le moule qu’il tient vertical de l’autre main, à main nues, ce qui n’est pas sans risques. Puis il dépose le moule rempli à côté de lui ; en peu de minutes le métal est refroidi, on peut écarter les deux moitiés du moule. Le bracelet apparait, il a un « manche », qui résulte de la solidification du métal dans le puits de coulage, et dont le sciage fait partie des travaux de finition.

Ceux-ci sont réalisés dans cet atelier par des apprentis, munis d’un étau et d’une lime, et comportent aussi l’ébarbage des bords du bracelet et de ses côtés.

Il ya toujours eu, évidemment, selon les régions et les artisans, un soin plus ou moins grand apporté à la réalisation des pièces, mais la technique fondamentale demeure encore partout la même. Facile à mettre en œuvre, elle donne des objets à l’allure un peu massive, mais non dépourvus  de charme.