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Les techniques ancestrales de la bijouterie marocaine

Les artisans bijoutiers marocains ont employé plusieurs techniques dans leurs productions, héritées d’un passé très lointain et matérialisant des spécificités culturelles. Ainsi, le moulage, le découpage, le nielle, le filigrane, la ciselure, la gravure et la dorure sont, en l’occurrence, les principaux procédés techniques utilisées qui reflètent une diversité et des particularités remarquables.

Le procédé le plus simple et le plus ancien utilisé par les bijoutiers est le moulage. L’argent à titre d’exemple était obtenu à partir de la fonte de lingots de métal pur «rahha», mélangé à de vieux bijoux «chadhaya» et du cuivre rouge. Le tout est placé dans un creuset en argile réfractaire «bot», avant d’être chauffé avec de l’arsenic et coulé dans un moule de sable fin appelé «tazriq». Les meilleurs exemples obtenus par cette technique sont les lourds bracelets côtelés ou à pointe, les anneaux de cheville, les fibules et les boucles d’oreilles.

Le découpage consiste à découper de minces feuilles d’argent en plaquettes de dimensions et de formes différentes et les assembler par des anneaux et des chaînettes pour former des parures de têtes ou des colliers. Afin d’obtenir des motifs ajourés, souvent observés dans les anneaux de cheville et les pectoraux, l’artisan utilise un mince foret et une scie très fine pour perforer et évider le métal.

Le niellage est une technique principalement connue dans l’ornementation des parures des tribus des «Aït Seghrouchen» au Moyen Atlas. Elle nécessite l’incrustation d’un émail noir, d’origine végétale ou minérale, dans un motif légèrement gravé en creux sur une surface d’argent, avant de le chauffer pour permettre son adhésion au métal. Une fois refroidi, le bijou est poli pour en égaliser la surface et refléter le contraste entre la teinte noire du nielle et le fond éclatant de l’argent.

L’émaillage est un autre procédé d’obtention et d’incrustation de la couleur dans le décor : des pâtes de différentes couleurs sont extraites de petites perles pilées dont la matière obtenue remplie les différents motifs floraux ou géométriques tracés par des fils d’argent, et chauffée pour être fondue et polie. Les bijoux produits dans l’Anti-Atlas, notamment à Tiznit, à Ouarzazate et à Taznakht sont des exemples éloquents de cette technique.

Le filigrane est une technique qui utilise des filets et des petits grains soudés. Nous distinguons le filigrane ajouré spécifiant les bijoux de Taliouine, Essaouira et Tiznit, et le filigrane cloisonné caractérisant ceux de Ouarzazate et de Tazanakht. Le premier est réalisé à partir de fils simples ou torsadés de différents calibres, alors que le second consiste à appliquer sur des feuilles de métal des filets plats pour délimiter les champs à émailler.

Parmi les techniques récurrentes dans la bijouterie marocaine, nous distinguons également la ciselure qui correspond à trois types : la ciselure au fondu, la ciselure prise sur la pièce et la ciselure au repoussé. La première est appliquée pour parfaire les objets après leur sortie du moule. La seconde consiste à fixer le bijou sur un trépied appelé «Hammar», et sculpter les motifs à l’aide d’un ciselet en suivant un schéma préalablement dessiné. Quand à la ciselure au repoussé, elle ne concerne que les objets d’épaisseur réduite et permet d’obtenir un relief plus au moins accentué quand l’artisan frappe sur le revers de la pièce pour repousser le métal.

La gravure est proche de la ciselure. Elle est essentiellement appliquée sur les objets massifs dont les décors sont façonnés à l’aide d’un burin en acier. Cette technique est caractéristique des bracelets produits à Foum Zguid.

La dorure, procédé uniquement employé en milieu citadin, consiste à appliquer sur l’objet à dorer un mélange d’or et de mercure et le chauffer jusqu’à ce que celui-ci s’évapore.